Les Lumières à Tahiti ou l’histoire d’un tragique malentendu

Cet article est l’adaptation de notre conférence De la Vahiné à Vaiana : mythologies européennes de l’Océanie, des Lumières de la philosophie à celles des projecteurs, qui s’est tenue à l’École du Louvre le 27 mars 2019, dans le cadre de notre partenariat avec le Bureau Des Élèves de l’École du Louvre pour le gala “Mythes et Légendes”.

Plages de sable blanc, eaux turquoises et vahinés : voilà les quelques images qui viennent à l’esprit de nombreux d’entre nous lorsque l’Océanie est évoquée. Si les paysages paradisiaques existent bel et bien, qu’en est-il de ces fameuses vahinés ? Éternellement accompagnée de son ukulélé, enchaînant les pas d’une danse lascive… la femme polynésienne telle que vue dans l’imaginaire populaire semble donner un avant-goût du paradis. Lire la suite de “Les Lumières à Tahiti ou l’histoire d’un tragique malentendu”

À propos du VIH/SIDA, Regard sur la Mélanésie

        L’arrivée dans le Pacifique d’explorateurs, de missionnaires, de colons, de marins, de marchands, de touristes, de chercheurs, de la mondialisation, etc. a naturellement conduit à des modifications dans la vie, les comportements et les pratiques des habitants de l’Océanie. Ces changements ont touché jusqu’aux domaines qui nous semblent les plus intimes, comme celui de la sexualité ; prenons un exemple. Les massues subi étaient utilisées, entre autres, sur l’île de Malaita dans l’archipel des Salomon, en Mélanésie. Selon Pierre Maranda1, « subi » signifie « angle », « coude », mais aussi « clitoris ». Lire la suite de “À propos du VIH/SIDA, Regard sur la Mélanésie”

Tous les sarcophages n’abritent pas des pharaons

        Les bombes nucléaires américaines tombèrent sur les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki le 6 et le 9 août 1945. Elles sonnèrent le glas de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), mais ouvrirent la voie à la Guerre froide (1947-1991) dont les deux protagonistes majeurs furent les États-Unis et l’Union soviétique. Entre 1945 et 1961, ces deux camps menèrent de nombreuses expérimentations dans le but de détenir en premier la bombe atomique la plus puissante. C’est dans ce contexte que les États-Unis engagèrent, de 1946 à 1958, une soixantaine d’essais nucléaires sur plusieurs atolls des Îles Marshall, archipel micronésien sous le joug américain suite à la victoire des Alliés et ce jusqu’à son indépendance en 1986.
CASOAR vous propose aujourd’hui de revenir sur l’une des ruines de ces expériences, le dôme de Runit, situé sur l’atoll d’Enewetak, aux Îles Marshall. Lire la suite de “Tous les sarcophages n’abritent pas des pharaons”

Le malangan : entre agent et patient

        En 1998, Art and Agency, la théorie sur laquelle Alfred Gell avait travaillé toute sa vie, est publiée un an après la mort de son auteur. Cette théorie allait devenir une des plus marquantes dans le champ de l’anthropologie et de la culture matérielle.
Le concept développé par Gell consistait à « [classifier] toutes les entités du monde entre celles qui « comptent » comme agents et celles qui ne comptent pas ».1 Qu’entendait-il par le terme « agent » ? Lire la suite de “Le malangan : entre agent et patient”

Merry Christmauss

      Rarement un écrit en sciences humaines aura eu autant de lecteurs, d’impact et de détracteurs. L’Essai sur le don rédigé par Marcel Mauss (1872-1950) paraît pour la première fois dans la revue L’Année sociologique dans son volume des années 1923-1924. L’auteur, neveu d’Émile Durkheim (1858-1917), qui est considéré comme le fondateur de l’école française de sociologie, choisit de poursuivre l’ambition d’asseoir pleinement cette discipline. Ce sont finalement autant des sociologues que des anthropologues qui se sont emparés de ce texte au cours du XXème siècle, en faisant littéralement le « propre don de Mauss aux siècles à venir ».1 Lire la suite de “Merry Christmauss”

Le guide du routard ontologique

      La vulgarisation n’a pas toujours bonne presse auprès des anthropologues mais que celui qui n’a jamais eu envie de crier « Kamoulox » au milieu d’une de ces phrases où Philippe Descola parvient à caser à la fois les termes « ontogenèse » et « solipsisme » me jette la première pierre. Car si nous sommes convaincus chez Casoar que l’anthropologie est bonne pour la santé, elle est souvent bien difficile d’accès pour les non spécialistes et constitue aux yeux de beaucoup une discipline d’initiés, peu accueillante. Pourtant, aujourd’hui plus que jamais, l’anthropologie est nécessaire, vitale même, pour nous permettre de penser le monde qui nous entoure. C’est pourquoi Casoar a décidé de s’attaquer aujourd’hui avec vous à une question particulièrement épineuse et complexe mais ô combien riche d’enseignements : le tournant ontologique.

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Biographie d’objet : la pierre d’Ambum

      Si vous visitez la National Gallery of Australia de Canberra, vous vous devez d’aller découvrir la pierre d’Ambum. Elle trône seule, sur un socle blanc dans une salle consacrée aux arts mélanésiens à l’étage du musée. Si l’objet est mystérieux par sa forme, son histoire ne l’est pas moins. Lire la suite de “Biographie d’objet : la pierre d’Ambum”

Le pouvoir de la lumière : le phénomène d’iridescence dans les Salomon orientales

« Le crépuscule est le moment où les choses se confondent, et où les êtres, morts ou vivants, croisés le long d’un chemin ou sur le rivage, sont indifférenciés ».1 La brillance et plus particulièrement l’iridescence, sont des phénomènes visuels que nous expérimentons tous au quotidien. Il s’agit d’aberrations chromatiques, qui résultent de la capacité qu’ont certains corps à refléter la lumière de telle sorte que celle-ci est décomposée. Seules certaines couleurs sont alors visibles. Vous retrouvez un tel phénomène sur le pourtour des nuages, qui parait parfois irisé. Ceci est dû aux gouttes d’eau contenues dans l’atmosphère qui filtrent la lumière solaire. C’est aussi le cas des couleurs que vous pouvez observer au crépuscule, liées à la « réfraction, à la dispersion et à l’absorption sélective des rayons solaires ».2 Comment réagissez-vous à de tels phénomènes ? Qu’est-ce que cela évoque dans votre imaginaire ? Lire la suite de “Le pouvoir de la lumière : le phénomène d’iridescence dans les Salomon orientales”

Rencontre par-delà la mort : le rambaramp au musée

       En parcourant l’espace dédié aux collections océaniennes du Musée du Quai Branly – Jacques Chirac selon le sens consacré (c’est-à-dire en le remontant vers la droite depuis l’entrée), le visiteur finira immanquablement par déboucher dans l’espace présentant les collections issues de l’Archipel du Vanuatu, marqué par l’imposante présence des tambours à fente. À partir de là, il fait alors face à un embranchement ; aller à gauche et se diriger vers l’alignement de flèches faîtières et d’appliques de chambranles kanak ou bien laisser sa curiosité le porter vers l’intrigante ouverture sombre qui s’ouvre à sa droite ? Lire la suite de “Rencontre par-delà la mort : le rambaramp au musée”

Malinowski ou le désamour de la photographie de terrain

     Parler des photographies de terrain de Bronislaw Malinowski paraît tout à fait saugrenu. Sa relation avec la photographie n’est pas très heureuse. Il compare notamment dans son journal de terrain la photographie à une croix monstrueuse sur le mont Golgotha de la vie1. Il est le premier à se détacher de cette pratique ethnographique connaissant un grand développement à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Perçue comme une véritable révolution dans la pratique du terrain, la photographie était employée comme un outil d’objectivation. Faisant perdre à la main son rôle essentiel dans l’élaboration d’un objet2, la photographie permet de fixer une vision du monde à un instant donné. Il s’agit de comprendre pourquoi Malinowski montre un tel désintérêt pour la photographie qui était pourtant fervemment défendue par ses aînés. Lire la suite de “Malinowski ou le désamour de la photographie de terrain”