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Segalen et « Les Immémoriaux », entre exotisme et ethnologie

« Je t’ai dit avoir été heureux sous les tropiques, c’est violemment vrai. Pendant deux ans en Polynésie, j’ai mal dormi, de joie. J’ai eu des réveils à pleurer d’ivresse du jour qui montait. Les dieux du jouir, savent seuls, combien le réveil est annonciateur du jour et révélateur du bonheur continu que ne dose pas le jour. J’ai senti de l’allégresse couler dans mes muscles. J’ai pensé avec jouissance. J’ai découvert Nietzsche. Je tenais mon œuvre, j’étais libre, convalescent, frais et sensuellement assez bien entraîné. J’avais de petits départs, de petits déchirements, de grandes retrouvées fondantes. Toute l’île venait à moi, comme une femme. Et j’avais précisément, de la femme là-bas, des dons que les pays complets ne donnent plus. Outre la classique épouse maorie dont la peau est douce et fraîche, les cheveux lisses, la bouche musclée, j’ai connu des caresses et des rendez-vous, et des libertés qui ne demandaient pas autre chose que la voix, les yeux, la bouche et de jolis mots d’enfant. À Tahiti donc, j’ai sans geste précis connu des heures nocturnes radieusement belles. Les parfums s’y mêlaient sans doute, mais je sais fermement pourquoi j’y fût heureux. Je sais aussi que lorsque j’y retournerai pour vivre et y écrire mon maître du jouir, j’y retrouverai sous des espèces nouvelles, oh, pas de passion personnelle, d’analogue moment, ou bien je ne serais pas digne de sentir et de vivre. »
Extrait de lettre de Victor Segalen à son ami Henry Manceron, 24 décembre 1911.1

         Victor Segalen est né en 1878 à Brest et mort en 1919 à Huelgoat (Bretagne). Médecin de formation, il voyagea toute sa vie en commençant par la Polynésie en 1903 où il fut nommé médecin de la marine de deuxième classe sur l’aviso de La Durance. Il voyagea en Polynésie française entre Tahiti, les îles Marquises, les Tuamotu et alla même jusqu’en Nouvelle-Calédonie en 1904. Dès son arrivée en Polynésie française, il marche dans les pas du déjà célèbre peintre Paul Gauguin, qui moura aux îles Marquises trois mois avant l’arrivée de Segalen. Segalen acquiert alors plusieurs sculptures faites par le peintre ainsi que sa palette de peinture. Bien qu’ils n’eurent jamais la chance de se rencontrer, Gauguin et Segalen ont tous les deux dédié une période de leur vie à la représentation des peuples polynésiens, l’un par la peinture, l’autre par l’écriture. Ces peuples, au cœur de leurs sujets d’études sont appelés maoris.
Le terme « maori » qui désigne les peuples ma’ohi, est un terme utilisé alors pour parler des peuples de Polynésie française, comme unité fédératrice. Dans son livre Tahiti ma’ohi, culture, identité, religion et nationalisme en Polynésie française, Bruno Saura explique que ce terme était utilisé par les populations indigènes comme désignant les éléments naturels, alors que les êtres humains eux étaient désignés par le mot ta’ata tahiti ou encore reo tahiti. Là où le mot « maori » fut fédérateur pour le peuple indigène Néo-zélandais dès les années 1810-1815, il ne parvient pas à s’imposer en Polynésie française : les populations sont toutes désignées aujourd’hui individuellement par les noms des langues respectives, tahitiens (Tahiti), marquisiens (îles Marquises), pa’umotu (Tuamotu) etc.

          Alors que certains connaissent peut-être plus Segalen pour son cycle de littérature autour de la culture chinoise, le cycle polynésien est tout aussi important. De ce cycle est né le roman Les Immémoriaux publié au Mercure de France en 1907. Un deuxième roman, Le Maître du Jouir, devait raconter l’histoire de Gauguin sculpteur de dieux, qui aiderait les indigènes à se reconnecter à leur culture précoloniale. Mais c’est bien ce premier roman dont nous allons parler aujourd’hui.

Immémorial, immémoriale, immémoriaux : qui est si ancien qu’on n’en connait plus l’origine.2

         Le récit se déroule majoritairement en Polynésie française pendant des « temps anciens ». Si les repères géographiques sont assez présents tout au long du roman, la temporalité n’est que peu évoquée, sauf une fois dans le chapitre Les baptisés de la Troisième Partie qui mentionne les années 1815 et 1819 ap. J.-C. Les Immémoriaux se déroule autour de trois grandes parties, la Première Partie se passant exclusivement en Polynésie française et voyant les premiers colons européens appréhender ce nouveau territoire. La Deuxième Partie qui ne se compose que d’un seul chapitre laisse place au voyage, celui d’un des personnages principaux. La Troisième Partie quant à elle nous laisse voir toute l’ampleur de la missionarisation sur les populations maories.
Bien qu’il soit difficile de définir précisément le narrateur de cette histoire qui nous est contée, le personnage de Térii est central à l’histoire. Térii est un haèré-po, un détenteur de la mémoire et des généalogies de son île. Dès les premières pages, Segalen imbibe son histoire d’éléments et d’objets qui étaient alors du domaine de l’ethnologie afin de renforcer la véracité de son histoire qui elle, est sortie tout droit de l’imaginaire de l’auteur lui-même. En effet, Térii est dépeint dans sa pleine action d’haèré-po, entrain de réciter ses connaissances sur les générations l’ayant précédé, et pour ce faire il accompagne sa parole d’un geste coulant sur une corde à nœud (to’o mata), chaque nœud représentant une génération, un nouveau récit, un nouveau nom mémorisé par le récitant. Cependant, un des grands maux de Térii est qu’il va faillir à sa fonction en oubliant un nom lors d’une récitation. Par cet oubli, Térii met alors en péril sa position d’haèré-po mais également celle de tout son marae à cause de la rivalité des peuples entre eux.

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To’o Mata, îles Marquises, Polynésie française, XIXème siècle, fibres de bourre de cocotier tressées et nouées, musée du quai Branly – Jacques Chirac, Paris. © musée du quai Branly – Jacques Chirac

     Mais très vite, et ce dès le deuxième chapitre, la colonisation apparait dans le récit de Segalen et va venir, petit à petit, comme elle l’a fait dans l’Histoire, occuper la première place du roman, laissant la culture polynésienne au second plan dans un premier temps, puis dans les abysses de l’Histoire. Les deux cultures cohabitent autant dans le paysage que dans la place qu’ils occupent dans le roman dans la Première Partie des Immémoriaux. En effet comme nous l’avons mentionné, le to’o mata est présenté dès le premier chapitre, ainsi qu’un vocabulaire autour de la navigation qui est plus qu’important dans la culture polynésienne. Mais un élément indispensable et qui rend Les Immémoriaux si unique, est l’utilisation du langage.
Dès les premières pages du roman, des mots en langue polynésienne sont introduits puis utilisés jusqu’à la fin du roman. De la même façon, des mots étrangers mais écrits comme ils seraient prononcés par les polynésiens sont également utilisés sur toute la durée du récit : Piritané est utilisé pour désigner les colons de la terre Piritania, prononciation littérale du mot Britain comme Segalen nous le précise en note de bas de page. De nombreux autres mots étrangers (anglais, français), notamment du langage religieux, subissent le même traitement.

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Nave Nave Mahana (Jour délicieux), Paul Gauguin, 1896, musée des Beaux Arts de Lyon.

« Le soir tombait. Les étrangers, emportant leurs précieux outils, regagnaient la grande pirogue noire. Alors, à la fraîcheur de la brise terrestre, les interminables parlers nocturnes passèrent librement de lèvres en lèvres. On s’égayait des nouveaux venus ; on marquait leurs gestes étroits et la rudesse de leur langage. Peu à peu les gens se coulaient au pied de la bâtisse, déroulaient des nattes et d’étendaient, non sans avoir palpé les recoins où découvrir peut-être quelque débris de métal dur, oublié. Des torches de bambous s’allumaient, dont les lueurs fumeuses allaient, dans le sombre alentour, jaillir sur la muraille blanche. Des femmes, accroupies sur les talons, les paupières basses, la gorge tendue, commencèrent à chanter. L’une, dont la voix perçait les autres voix, improvisait, sur les immuables mélodies, une parole neuve reprise avec entrain par ses compagnes. De robustes chœurs d’hommes épaulaient ses cris, marquaient la marche du chant, et prolongeait sourdement, dans l’ombre, la caresse aux oreilles épanchée par les bouches harmonieuses : on célébrait les étrangers blêmes sur un mode à la fois pompeux et plaisant.3

       Dans ce passage du deuxième chapitre, Les Hommes au Nouveau Parler, la présence étrangère est réelle mais éparse, ils sont arrivés mais les populations tahitiennes ont toujours le contrôle sur leur vie et leurs coutumes. Les chapitres suivants de la Première Partie continuent de présenter la vie tahitienne, ses mythes et ses dieux qui sont alors encore bien vivants.

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Upa Upa, la danse du feu, Paul Gauguin, 1891, musée d’Israël, Jérusalem.

« Une femme sortit de la foule, ajusta ses fleurs, secoua la tête pour les mieux fixer, fit glisser sa tapa roulée, et cria. Les battements recommencèrent. Jambes fléchies, ouvertes, désireuses, bras ondulant jusqu’aux mains et mains jusqu’au bout des ongles, elle figura le ori Viens t’enlacer vite à moi. Ainsi l’on répète, avec d’admirables jeux du corps – des frissons du dos, des gestes menus du ventre, des appels de jambes et le sourire des nobles parties amoureuses -, tout ce que les dieux du jouir ont révélé dans leurs ébats aux femmes des tané terrestres : et l’un s’exalte, en sa joie, au rang des prêtres tapu. À l’entour, les spectateurs frappaient le rythme, à coups de baguettes claquant sur des bambous fendus. Les tambours pressaient l’allure. Les points, sonnant sur les peaux de requins, semblaient rebondir sur la peau de femme. La femme précipitait ses pas. Des sursauts passaient. La foule, on eût dit, flairait des ruts et brûlait. Les reins, les pieds nus, s’agitaient avec saccades. Les hommes, enfiévrés, rampaient vers des compagnes. Parfois, les torches, secouées, jetaient, en pétillant, un grand éclat rouge. Leurs lueurs dansaient aussi. Soudain la femme se cambra, disparut. Des gens crièrent de plaisir. Dans la nuit avancée, des corps se pénétrèrent. Les flammes défaillaient ; l’ombre s’épancha.4

       Comme l’atteste ce paragraphe, le style de Segalen est poétique, mais aussi très descriptif, c’est pourquoi il est aussi facile de s’imaginer la scène, et d’autant plus de l’assimiler à cette image créée par Gauguin lui-même. Les deux nous présentent une scène nocturne où les coutumes des uns et les désirs des autres s’entremêlent pour se célébrer. Ce sont ces moments écrits par Segalen qui nous présentent la vraie première rencontre. Mais la culture de ces étrangers va alors commencer à s’infuser dans leur vie quotidienne.
En effet, c’est dans le dernier chapitre de cette Première Partie que les étrangers racontent pour la première fois l’histoire de la Trinité chrétienne aux polynésiens. Jésus Christ, alors devenu « Iésu-Kérito » va s’imposer comme le nouveau dieu, plus encore, le seul et l’unique.  Mais avant d’être confronté à la missionarisation totale des îles polynésiennes, Térii part en voyage dans les îles Samoa afin de retrouver la connaissance qui commence à être perdue en Polynésie française. Cette Deuxième Partie qui se concentre sur le voyage de Térii est lente, et le récit suit le rythme du voyage dans le Pacifique. Si les colons ont trouvé leur paradis en Polynésie française, Térii part à la recherche de son propre paradis, comme une quête initiatique, il cherche à voyager dans le temps et retourner à la source de sa propre culture.

« Mais voici qu’ils perdirent les mots, et qu’ils oublièrent les naissances des étoiles. La honte même ! vers où se tourner ? On dérive. On désespère. On arrive cependant : mais la terre n’a pas de rivage. »5
« Il n’est pas bon de partir à l’aventure en oubliant les mots. »6

            Après un voyage à travers le Pacifique, rencontrant toujours plus d’étrangers et se reconnectant avec sa culture polynésienne, Térii revient à Tahiti, où la missionarisation et la colonisation dominent dorénavant. La religion chrétienne a remplacé les Atua d’antan, et les églises, les marae. Alors qu’il assiste à un sermon, Térii, haèré-po, récitant, en charge de la mémoire, s’insurge de l’utilisation systématique du papier et de la lecture en guise de mémoire :  «  ne savaient-ont plus parler sans y avoir interminablement recours ? ».7

« Térii sentit violemment, avec une angoisse, combien les hommes, et leurs parlers et leurs usages, et sans doute aussi les secrets désirs de leurs entrailles – combien tout cela c’était bouleversé au souffle du dieu nouveau ; et quelles terres surprenantes, enfin, ce dieu avait tirées des abîmes, par un exploit égal à l’exploit de Mahuin pêcheur des premiers rochers !… ».8

            Après s’être battu pour rester témoin d’une culture oubliée, Térii, alors considéré par tous les convertis comme Ignorant, va finir par se convertir lui aussi et devient Iakoba.

« Non ! les signes Piritané ou n’importe quels autres ne sont pas bons pour nous ! Ni aucun de tous vos nouveaux parlers ! Prends garde, Térii. La chèvre ne renifle pas comme les bêtes à quatre pieds échangent leurs voix, prends garde, c’est qu’elles vont mourir – il poursuivit avec tristesse : Les hommes maoris, voici maintenant qu’ils essaient de siffler, de bêler, de piailler comme les étrangers. En même temps que leurs propres langages voici qu’ils changent leurs coutumes. Ils changent aussi leurs vêtures. Ha ! tu n’as pas vu des oiseaux habillés d’écailles ? Tu n’as pas pêché des poissons couverts de plumes ? J’en ai vu ! J’en ai pêché ! Ce sont les hommes parmi vous qui s’appellent « convertis », ou bien « disciples de Iésu ». Ils n’ont pas gardé leur peau : ils ne sont plus bêtes d’aucune sorte : ni hommes, ni poules, ni poissons. Reprends ta peau, Térii que je déclare plus stupide qu’un bouc ! Reprends ta peau ! »9

      Malgré le rappel à la raison de Paofaï, ancien maître non converti à la nouvelle religion, Terii abandonne l’haèré-po qu’il a été, en dépit de son voyage, et de ses efforts pour garder en lui sa culture et ses coutumes. Avec la conversion de Terii, c’est l’oubli du passé. Plus encore, le lecteur assiste à la volonté de contrôle de la connaissance du passé par la mission afin de pouvoir sanctionner d’autant plus la performance d’une culture qu’on a voulu éradiquer.

« Elle déclara ce qu’on voulut, tous les noms de tané dont elle avait le souvenir ; et, pour qu’on n’essayât point de lui en arracher d’autres encore, elle inventa quelques-uns de plus. Ses compagnes l’imitèrent en hâte. L’un des juges écrivait, à mesure, tous les aveux. »10

         Dans le dernier chapitre, La Maison du Seigneur, un étranger nommé Aüté arrive sur l’île et constate les changements et dégâts de la missionarisation sur les populations maories. On pourrait penser que Segalen, en arrivant en Polynésie, constata ces mêmes changements avec autant de surprise.

Aüté : « Dis-moi, Iakoba tané, combien de vivants nourrissait l’île quand tu es parti pour ton grand voyage ? » […]
Aüté : « Moi je le sais maintenant : deux hommes, pour un seul d’aujourd’hui. La moitié sont morts depuis vingt ans. […]
Un diacre : « Mieux vaut moitié moins d’hommes sur la terre Tahiti, et qu’ils soient bons chrétiens et baptisés, plutôt que le double d’ignorants détestables ! ».11

            Tout comme Aüté le découvre, Segalen, médecin, se rend compte du mauvais état de santé des populations indigènes encore présentes à son arrivée en Polynésie. En effet, alors que la population des îles Marquises était de 20 000 habitants en 1842, elle est alors descendue à 2000 en 1920. Cette terrible constatation qui mêle la fiction à la réalité est présente tout au long des Immémoriaux.

            Si le style de Segalen est unique, entre le récit d’aventure, le texte ethnologique et le poème, il est bien fictif. Mais ce sont ces nombreux détails précis liés à la culture polynésienne et aux exactions de l’Histoire et de la colonisation qui le rendent totalement réel. C’est un roman de l’exotisme, mais qui est surtout exotique par sa temporalité, plus encore que par sa géographie.12 En effet, c’est cette évocation des temps passés, d’une douceur de vivre polynésienne déjà peinte par Gauguin, qui fait de cet ouvrage le témoin d’un temps révolu que même Segalen n’a pas connu. Tout comme le faisait Gauguin dans son tableau D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?, Segalen présente avec Les Immémoriaux le passé, un certain présent, et le destin des populations de Polynésie française face à la colonisation et à la missionarisation.

Clémentine Débrosse

Image à la une : Victor Segalen à Tahiti, 1903.

1 Extrait lu dans l’épisode 3 : L’Arcadie de Segalen, de la série de France culture Victor Segalen, poète, médecin et voyageur. https://www.franceculture.fr/emissions/series/victor-segalen

2 Définition Larousse en ligne.

3 SEGALEN, V., 2018 [1907]. Les Immémoriaux. Paris, Libella, p. 39.

4 Ibid, pp. 65-66.

5 Ibid, p.113.

6 Ibid, p. 114.

7 Ici, Térii fait référence à des « feuillets chargés de signes ». Ibid, p. 145.

8 Ibid, p. 155.

9 Ibid, p. 190

10 Ibid, p. 221.

11 Ibid, p. 231.

12 COMBE, D., 1989. « « Les Immémoriaux » et la fiction de l’autre : Roman et ethnologie ». Littérature, n°75, p. 42.

Bibliographie :

  • COMBE, D., 1989. « « Les Immémoriaux » et la fiction de l’autre : Roman et ethnologie ». Littérature, n°75, pp. 42-56.
  • DOUMET, C., 1983. « Écriture de l’exotisme : « Les Immémoriaux » de Victor Segalen ». Littérature, n°51, pp. 91-103.
  • MANAC’H, E. M., 1978. « Gauguin et Segalen ». La Nouvelle Revue des Deux Mondes, pp. 331-335.
  • SAURA, B., 2009. Tahiti ma’ohi, culture, identité, religion et nationalisme en Polynésie française. Papeete, Au vent des Îles.
  • SEGALEN, V., 2018 [1907]. Les Immémoriaux. Paris, Libella.

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