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Cannibale, entre travail d’historien et récit de fiction pour lutter contre l’oubli

En 1998, année même de la signature des accords de Nouméa1 était publiée la première édition de l’ouvrage Cannibale de Didier Daeninckx. Ceci n’est pas anodin car cette publication voit le jour à la suite d’un séjour d’un an de l’auteur en Nouvelle-Calédonie, à un moment où les revendications indépendantistes, opposées à ceux qui soutiennent la présence du gouvernement français sur le territoire, créent un climat de violence politique. Pendant ce séjour, il pose des questions, il observe la situation politique, il se renseigne par des sources écrites autant qu’orales sur la période coloniale et ses conséquences en Nouvelle-Calédonie. Il en ressort une histoire, une histoire oubliée et méconnue, celle des Kanak exhibés dans le bois de Vincennes lors de l’Exposition coloniale de 1931, histoire sombre de Kanak échangés comme des objets ou des animaux contre des crocodiles et envoyés sans leur consentement dans un cirque allemand.

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Pause littéraire océanienne – Un premier aperçu

Les premiers voyageurs, missionnaires et colons occidentaux ont fait de l’absence d’écriture en Océanie un prétexte pour désigner ces sociétés du Pacifique comme des cultures privées d’Histoire(s). Ce biais occidental niait l’importance pourtant considérable de l’oralité et de la mémoire, de la récitation de mythes et de généalogies, ce qui permettait aux populations océaniennes de créer des repères temporels et de façonner des récits. Dans le même temps, les textes rédigés par les Occidentaux à propos du Pacifique ont construit une vision et un imaginaire stéréotypés de ces îles et de leurs habitant·e·s (à ce sujet, voir par exemple l’article de Clémentine Débrosse sur Segalen)1.

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Vers l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie ? – 20 ans après l’Accord de Nouméa : ce que le référendum dit de la société calédonienne

« Le retour à la tradition est un mythe. Aucun peuple ne l’a jamais vécu. La recherche d’identité, le modèle, pour moi, il est devant soi, jamais en arrière. C’est une reformulation permanente. L’identité elle est devant nous ».

Jean Marie Tjibaou.

Le 4 octobre dernier, les calédoniens se sont rendus aux urnes pour le second scrutin référendaire qui invitait la population à se prononcer de nouveau sur la question de la pleine souveraineté et de l’indépendance du pays. Le premier référendum, mené en novembre 2018 s’était soldé par la victoire du non à 56,7% des suffrages exprimés. Cette année, le rendez-vous électoral s’est caractérisé par une très forte mobilisation (85,7% contre 81% en 2018) et a révélé une progression du oui de presque 3,5 points avec un score de 46,7%. Voir plus

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Bouleversements environnementaux et changement climatique dans les arts contemporains océaniens

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       Dans l’article de la semaine dernière, CASOAR vous a présenté l’exposition de photographie contemporaine À toi appartient le regard (…) et la liaison infinie entre les choses (musée du quai Branly – Jacques Chirac). Mention fut faite de plusieurs artistes évoquant la question des changements environnementaux, liés à la pollution et au réchauffement climatique. Arrêtons nous aujourd’hui sur quelques œuvres d’art contemporain océanien évoquant elles aussi ces thématiques. Voir plus

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De la grotte d’Ouvéa au musée du Quai Branly : l’étrange cas du docteur Jacques et de Mister Chirac, partie 2

       Nous vous avions laissé la semaine dernière en nous arrêtant au milieu des années 1990 sur ce maire de Paris s’improvisant guide de musées, venant de révéler au grand public une passion pour l’art extra-européen portée en lui depuis ses plus jeunes années, une passion qui contrastait fortement avec sa politique en Outre-Mer. Ces deux aspects opposés d’un même personnage allaient prendre encore une toute autre ampleur dans la deuxième moitié des années 1990.

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De la grotte d’Ouvéa au musée du Quai Branly : l’étrange cas du docteur Jacques et de Mister Chirac, partie 1

       26 septembre 2019, quelque part en fin de matinée : la nouvelle vient d’arriver, elle tourne en boucle, les premières réactions des grandes personnalités suivent, les hommages pleuvent, le deuil national est décrété, on accourt dans le musée qui porte maintenant son nom… Jacques Chirac est mort. Voir plus

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1878 : deux regards sur l’Histoire

     C’est un tout petit livre rouge qui ne paye pas de mine. Mais il contient trois choses essentielles : les carnets de campagne d’un artilleur bourguignon, un récit de guerre kanak1 et une présentation d’Alban Bensa. Il est publié par Anacharsis, maison d’édition dont la devise est « Rencontres entre cultures », au sein de la collection Framagouste (qui entend dépasser les « chatoiements d’un exotisme de pacotille »)2 parmi un ensemble de témoignages, de récits de voyage, et de portraits sans fars du colonialisme. Voir plus

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Les Kanak exhibés en marge de l’Exposition coloniale en 1931 : le mythe du « sauvage cannibale »

Cet article est l’adaptation de notre conférence De la Vahiné à Vaiana : mythologies européennes de l’Océanie, des Lumières de la philosophie à celles des projecteurs, qui s’est tenue à l’École du Louvre le 27 mars 2019, dans le cadre de notre partenariat avec le Bureau des Élèves de l’École du Louvre pour le gala « Mythes et Légendes ».

         « Les derniers cannibales des îles océaniennes lointaines et parfumées ! ». Ce sont en ces termes que le journal l’Excelsior du 1er avril 1931 annonce l’exhibition de 111 Kanak1 à Paris à l’occasion de l’Exposition coloniale. Ces derniers sont exhibés au sein du jardin zoologique de Vincennes en marge de l’Exposition officielle. Comme en témoigne la phrase d’accroche voulue spectaculaire de l’Excelsior, les populations Kanak – qui vivent en Nouvelle-Calédonie et par cette distance géographique sont très peu connues des métropolitains – sont alors placées au plus bas de l’ « échelle de l’évolution » par des conclusions pseudo-scientifiques menées notamment par les anthropologues. Voir plus

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À propos du VIH/SIDA, Regard sur la Mélanésie

        L’arrivée dans le Pacifique d’explorateurs, de missionnaires, de colons, de marins, de marchands, de touristes, de chercheurs, de la mondialisation, etc. a naturellement conduit à des modifications dans la vie, les comportements et les pratiques des habitants de l’Océanie. Ces changements ont touché jusqu’aux domaines qui nous semblent les plus intimes, comme celui de la sexualité ; prenons un exemple. Les massues subi étaient utilisées, entre autres, sur l’île de Malaita dans l’archipel des Salomon, en Mélanésie. Selon Pierre Maranda1, « subi » signifie « angle », « coude », mais aussi « clitoris ». Voir plus

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Votre Mission, si toutefois vous l’acceptez…

         Robe mission, robe kanak, robe popinée. Divers noms désignent cette même tenue, la robe portée depuis plus de 150 ans par une grande partie des femmes calédoniennes : c’est d’elle dont nous allons parler sur CASOAR aujourd’hui. Patrick O’Reilly et Jean Poirierécrivent en 1953 une remarque qui frappe par son actualité : «elles mettent des notes très colorées dans la foule calédonienne ». Voir plus