De la grotte d’Ouvéa au musée du Quai Branly : l’étrange cas du docteur Jacques et de Mister Chirac, partie II

       Nous vous avions laissé la semaine dernière en nous arrêtant au milieu des années 1990 sur ce maire de Paris s’improvisant guide de musées, venant de révéler au grand public une passion pour l’art extra-européen portée en lui depuis ses plus jeunes années, une passion qui contrastait fortement avec sa politique en Outre-Mer. Ces deux aspects opposés d’un même personnage allaient prendre encore une toute autre ampleur dans la deuxième moitié des années 1990.

     Comme chaque Français le sait, la carrière politique de Jacques Chirac atteint son sommet en 1995, avec son élection en tant que président de la République, face au candidat du Parti Socialiste Lionel Jospin. Le retour de la droite au pouvoir après les années Mitterrand, dans un monde post guerre-froide où plus aucune puissance ne semblait pouvoir faire d’ombre aux États-Unis, à ses alliés et à son système capitaliste, annonce un changement notoire dans l’histoire politique française, poursuivant et accélerant un tournant vers un libéralisme de plus en plus poussé.

       Outre ce tournant économique et social, les débuts de la présidence Chirac annonçaient aussi un changement majeur dans la politique menée par la France dans le Pacifique Sud. Encore agité par les « évènements » de Nouvelle-Calédonie et la fin tragique de l’épisode de la grotte d’Ouvéa en 1988, les relations de la métropole au Pacifique sont loin d’aller vers un apaisement en ce début de mandat présidentiel. Dès le mois de juillet 1995, soit deux mois après son élection, Chirac annonce la reprise des essais nucléaires dans le Pacifique, malgré un moratoire décidé par Mitterrand en 1992. Débutant au début des années 1960 avec l’installation du Centre d’Expérimentation nucléaire du Pacifique en Polynésie (CEP), ces essais avaient été présentés, dans le contexte de la Guerre Froide, comme les éléments essentiels d’une politique de pacification par dissuasion.

        Bien que la France ait toujours insisté sur la totale innocuité de ces essais, tant pour les populations que pour leur environnement, de nombreuses alertes ont pourtant été émises par les scientifiques et les habitants, dès les premiers essais. Ainsi, au début des années 1990 à Mururoa 1, l’atoll où ont lieu pas moins de 167 essais nucléaires, la pêche est interdite et l’eau potable importée tous les jours. Tout aussi inquiétant, les déchets laissés par les essais effectués à l’air libre ont été dispersés sur l’atoll à la suite d’un cyclone qui brisa, en 1981, la croûte de bitume supposée isoler lesdits déchets… Quant aux effets sur les populations locales, les données fiables manquent dans les années 1990, par manque de suivi médical du personnel du CEP et des populations locales. Cependant, aux Tuamotu, on observe une augmentation drastique de la ciguaterra, une toxine empoisonnant le poisson, liée à la destruction du récif corallien. L’augmentation de cette toxine n’est pas observée qu’aux Tuamotu… mais également aux Îles Marhsall, principal lieu des essais nucléaires des États-Unis2. Une jolie preuve du non-impact de ces essais nucléaires sur l’environnement. Même dans les années 1990, il devait être difficile de croire en l’innocuité des centaines de tirs effectués au cœur du Pacifique. Le gouvernement français pouvait-il réellement croire ses propres paroles, lui qui organisa l’évacuation de l’ensemble des habitants de l’île de Tureia, au nord de Mururoa, avant les premiers tirs ?

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Essai nucléaire français en 1970 à Mururoa © : https://www.la-croix.com/France/De-1966-1996-193-essais-nucleaires-Polynesie-francaise-2016-02-22-13007418

       Quelle que soit la sincérité de cet optimisme gouvernemental, l’ordre du président fut exécuté et 8 tirs eurent lieu entre septembre 1995 et mai 1996. Ces essais furent justifiés par la France comme devant être les derniers avant le passage définitif aux simulations en laboratoire, un argumentaire finalement assez proche de celui des années 1960. De 1966 à 1996, les essais nucléaires seraient ainsi toujours nécessaires dans les atolls, en pleine guerre froide ou dans un monde a priori plus apaisé, mais toujours en vue d’un plus grand bénéfice qui en découlerait ensuite : on tire pour le pacifisme, puis pour parvenir aux essais en laboratoire.

       Ce retour au nucléaire n’est, on s’en doute, pas formidablement accueilli par les pays voisins. L’arrivée de Jacques Chirac au pouvoir va ainsi de pair avec un refroidissement des relations diplomatiques entre la France et les puissances du Pacifique, un refroidissement faisant suite à des tensions déjà présentes suite aux « évènements » de Nouvelle-Calédonie. L’Australie et la Nouvelle-Zélande annoncent ainsi la suspension de leur coopération militaire avec la France, l’ambassadeur australien est rappelé à Canberra, des actions de boycott des produits français sont lancées dans les deux pays, et le 17 juin, le consulat de France à Perth est incendié. Les deux grandes puissances océaniennes décident de porter l’affaire des essais nucléaires devant la Cour Internationale de Justice, rappelant les dangers pour l’environnement et les possibles détériorations dans les structures des atolls. De nombreux États du Pacifique leur emboîtent le pas : les Samoas occidentales, les îles Salomons, les îles Marshall et les États Fédérés de Micronésie saisissent eux aussi la justice internationale. La Cour rejette finalement la demande d’examen de la situation, mais, avant même que le jugement ne soit rendu, la France avait déjà procédé aux premiers tirs…

       Outre les foudres des États voisins, cette relance des essais nucléaires entraîne également de vives contestations populaires. L’opinion, qui avait pu croire à l’arrêt définitif des essais nucléaires suite à la fin de la guerre froide, a du mal à saisir l’intérêt de ces nouveaux essais, d’autant plus que ces derniers se présentaient, dans un timing terrible, juste à temps pour le cinquantenaire de Hiroshima ! Les essais donnent également du grain à moudre aux indépendantistes : Oscar Temaru, leader du Tavini huiraʻatira, le principal parti pour l’indépendance polynésienne, affirme qu’ « on ne peut être anti-nucléaire sans être anti-français ». D’importantes manifestations sont organisées à Nouméa et Papeete contre le nucléaire et rencontrent un vif succès auprès des populations.

       Enfin, le 26 janvier 1996, après 30 ans et 193 essais nucléaires, la France annonce l’arrêt définitif des essais nucléaires et signe, le 24 septembre 1996, le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Les relations diplomatiques sont relancées entre la France et ses voisins du Pacifique. En France métropolitaine aussi, les relations à l’Océanie peuvent enfin évoluer, et, pour la première fois, le 23 mai 1996, un colloque ayant pour thème « La France et les États du Pacifique Sud » est organisé à l’Assemblée Nationale, permettant enfin de discuter de la région hors d’un contexte de crise. Le réchauffement des liens France-Pacifique se confirme avec la visite à Paris du premier ministre néo-zélandais Jim Bolger, en octobre 1997, qui met fin à plus de trente années sans visite d’un premier ministre de Nouvelle-Zélande en France.

       Toujours dans une volonté de changement de politique et d’apaisement des liens, la France lâche du lest sur les territoires océaniens et leur permet une meilleure intégration dans leur environnement pacifique : le 6 octobre 1999, la Nouvelle-Calédonie obtient ainsi le statut d’observateur au Forum du Pacifique Sud, et en 2001, l’île se voit autorisée à signer des accords commerciaux dans la zone de libre-échange du Groupe Fer de Lance3. La Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française deviennent alors d’importants partenaires commerciaux de l’Australie dans la région et s’inscrivent enfin pleinement dans leur environnement. Le changement de politique vis-à-vis du Pacifique ne s’arrête pas là et, en 2003, lors du Sommet France-Océanie à Papeete, Chirac évoque une « Océanie, berceau d’immenses et fortes cultures, vivaces mais en danger comme beaucoup de cultures dans le monde ». Il manifeste également sa volonté de « maintenir et faire évoluer la présence de la France dans le Pacifique », en annonçant le doublement de la dotation du Fonds de coopération économique, sociale et culturelle pour le Pacifique. Il tiendra parole et l’enveloppe passera de 2 millions d’euros en 2003 à 3,2 millions en 2004.

       C’est ainsi que la politique océanienne de Jacques Chirac, qui s’ouvrait sur la tragédie d’Ouvéa et enchaînait avec de nouveaux essais nucléaires en Polynésie, s’achevait sur une note plus apaisée. Sa présidence, loin d’être linéaire, correspond à la fois au plus fort du gel des relations diplomatiques entre la France et les puissances du Pacifique, et à l’apaisement et au développement de ces mêmes relations dans un second temps. Signe ultime de cet apaisement, Chirac visite en 2003 le centre culturel Tjibaou en Nouvelle-Calédonie, reconnaissant, un peu tard peut-être, les aspirations culturelles kanak…

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Jacque Chirac au centre culturel Tjibaou à Nouméa en 2003 © https://www.lexpress.fr/culture/art/en-images-jacques-chirac-et-sa-fascination-pour-les-arts-lointains_2099882.html

       On peut néanmoins se demander comment était abordée, lors du gel diplomatique, la douloureuse question des essais nucléaires par Chirac face à ses homologues. Il semblerait que la passion artistique du président lui ait là encore rendu quelques fiers services : Sally Price raconte ainsi4 que, lors d’un dîner avec le futur premier ministre du Japon, le président parvient à esquiver la question du nucléaire dans le Pacifique en devenant intarissable sur le sens des idéogrammes chinois ou la raison pour laquelle les Mongols n’étaient pas parvenu à envahir le Japon. Il distrait également l’opinion publique en réaffirmant son goût, désormais secret de polichinelle, pour les arts d’Asie… C’est ainsi qu’en 1995, le musée nationale des arts asiatiques Guimet voit arriver dans ses salles, sans prévenir, Jacques Chirac. Un TDO5 de l’École du Louvre ayant lieu à ce moment dans les salles, les élèves et le professeur eurent la surprise de voir le président de la République française s’asseoir parmi eux et poser des questions passionnées sur le Japon néolithique.

        Dans le même temps et en parallèle du renouveau des essais nucléaires polynésiens, l’ambition culturelle du nouveau président s’affirme de plus en plus. L’ancien Chirac, qui se voulait populaire et détaché du fin lettré Mitterrand, laisse finalement apparaître son esprit d’esthète dans sa politique. C’est ainsi que Philippe Douste-Blazy, ministre de la culture, annonce en 1995, sous la pyramide du Grand Louvre, qu’un comité va être créé pour étudier la possibilité d’exposer « de l’art primitif ». Cette déclaration n’est bien entendue pas née du seul cerveau de Douste-Blazy, bien au contraire, elle fait écho au goût des deux Jacques, Chirac d’abord, mais aussi Kerchache, ami fidèle du président, qui publiait en 1990 un manifeste dans Libération, « Pour que les chefs-d’œuvre naissent libres et égaux en droits », regroupant les signatures de près de 148 personnalités, telles que Hélène Cixous, Léopold Sedar Senghor, Maurice Godelier, Françoise Heritier, Michel Leiris…

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Vue du Pavillon des Sessions au Musée du Louvre © https://www.connaissancedesarts.com/non-classe/batir-un-monde-plus-tolerant-%E2%80%89-quand-jacques-chirac-soutenait-la-creation-du-pavillon-des-sessions-11126406/

       Le rêve de Kerchache verra finalement le jour et les chefs-d’œuvre seront effectivement «libres et égaux en droits »6En l’an 2000 est ainsi inauguré le Pavillon des Sessions au sein du musée du Louvre, qui préfigure le musée du Quai Branly et présente des œuvres d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Là encore, Chirac tient à s’affirmer comme véritable connaisseur. Lors de la publication du catalogue du Pavillon, il écrit aux auteurs à propos d’une coiffe quetzal présentée dans les collections et qui aurait été offerte par Montezuma à Cortès, une théorie rapportée dans la publication mais que Chirac réfute, recherches à l’appui. S’agissait-il réellement de ses propres recherches ? Comment le président de la cinquième puissance mondiale pouvait-il avoir le temps de se pencher sur l’histoire d’une coiffe américaine ? Si nous ne connaîtrons sans doute jamais les réponses à ces questions, une fois encore, il apparaît difficile de douter de l’intérêt réel de Jacques Chirac pour ces arts. Un témoignage d’un éminent spécialiste des cultures américaines, l’anthropologue Philippe Descola, confirme le goût du président : celui-ci l’aurait un jour mis en retard tant il lui posait des questions pressantes sur les Arawaks7 ! Les longues conversations téléphoniques entre le président et le conservateur du musée des Arts africains, océaniens et amérindiens de Marseille, Alain Nicolas, en attestent également : le président passe des heures au téléphone avec le fondateur du musée, à discuter des récentes expositions d’art africain ou de la possibilité d’ouvrir un futur musée des arts extra-européens à Paris….

       Et c’est ainsi qu’en 2006 naît, de toutes ces passions et discussions, le musée qui porte aujourd’hui le nom de Jacques Chirac. Réunissant, dans une architecture de Jean Nouvel, les collections dispersées du Musée de l’Homme, du musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie et de nombreuses acquisitions engagées dès 1997, le musée du quai Branly voulait, enfin, donner aux arts extra-européens une place de choix dans le paysage des musées nationaux. Jacques Kerchache, sans qui le musée ne serait peut-être pas né, n’assistera pas à l’ouverture du nouveau lieu, mais donne son nom au salon de lecture qui accueille aujourd’hui de nombreuses tables rondes. Lors de l’inauguration du musée, le discours de Chirac évoque les richesses que les cultures extra-européennes apportent au monde et répète la non-hiérarchie des peuples et des arts : « En montrant qu’il existe d’autres manières d’agir et de penser, d’autres relations entre les êtres, d’autres rapports au monde, le musée du quai Branly célèbre la luxuriante, fascinante et magnifique variété des oeuvres de l’homme. Il proclame qu’aucun peuple, aucune nation, aucune civilisation n’épuise ni ne résume le génie humain. Chaque culture l’enrichit de sa part de beauté et de vérité, et c’est seulement dans leurs expressions toujours renouvelées que s’entrevoit l’universel qui nous rassemble. »8

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Jacques Chirac lors de l’inauguration du musée du Quai Branly, le 20 juin 2006 ©https://www.lexpress.fr/culture/le-musee-du-quai-branly-accessible-gratuitement-durant-une-dizaine-de-jours_2099959.html

       Pour la première fois, un président œuvrait et se passionnait pour une culture autre que la culture française. Pourrions-nous pour autant affirmer que l’homme d’art rejoignait l’homme politique ? Est-ce qu’un homme parlant « du bruit et des odeurs »9 pour désigner « les musulmans et les Noirs » peut réellement se définir comme un amoureux des arts et cultures d’Afrique ? Est-ce qu’un président qui refuse de signer la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail, qui consacre les droits des peuples indigènes, peut se dire un sincère ami des peuples autochtones ? Comment comprendre cette bipolarité évidente chez Jacques Chirac, qui n’eut de cesse d’osciller entre flirt verbal avec l’extrême-droite et profond amour pour les cultures extra-européennes ? On pourrait évidemment répondre ici qu’il ne s’agissait que d’un calcul électoral, un besoin de conquérir une France qui, à l’orée des années 1990, se rangeait de plus en plus vers l’extrême-droite. Bien que cette tendance atteigne aujourd’hui des sommets avec des seconds tours présidentiels sans surprise et sans joie, c’est bien au cœur de la dernière décennie du millénaire qu’elle prend place. Chirac ne faisait-il ces remarques qu’en espérant trouver son électorat ? On pourrait voir les choses sous un autre angle. En analysant le modèle social français, une chose apparaît évidente : la France, qui considère tous ses citoyens comme égaux, sans différence ethnique ou religieuse, se méfie du communautarisme comme de la peste. Contrairement aux pays anglo-saxons où fleurissent les China Town et autres quartiers culturels comme autant de petits mondes à part, en France, être français, c’est être français. Peu importe les origines, les différences venues de migrations plus ou moins lointaines, il s’agit de rendre toutes et tous égaux devant la République. Un Français, c’est un Français, et c’est selon cette logique imparable que les enfants dans les Caraïbes pouvaient apprendre jusqu’à peu à l’école que leurs ancêtres étaient bien Gaulois. Et c’est ainsi qu’un président français peut à la fois se faire fin connaisseur des « arts d’ailleurs » tout en semblant n’aimer que les « gens d’ici », avoir un boli bambarra sur son bureau tout en parlant d’une « overdose » d’Africains dans son pays…

Camille Graindorge

Image à la une : https://fuckyeahjacqueschirac.tumblr.com/image/165720500386

1 Ces informations, comme toutes celles concernant les effets des essais jusqu’aux années 1990, sont données dans l’ouvrage de Jean CHESNEAUX et Nic MACLELLAN, 1992, La France dans le Pacifique. Paris, La Découverte.

 

2 À ce sujet, on ne relira que trop l’article de Garance Nyssen : Tous les sarcophages n’abritent pas des pharaons et sa version illustrée : Sous le béton, le poison

3 « Le groupe Fer de Lance Mélanésien est une alliance des pays mélanésiens regroupant les îles Salomons, la Papouasie Nouvelle-Guinée, le Vanuatu, Fidji, l’Indonésie (membre associé), et le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste de Nouvelle-Calédonie. Il a officiellement été créé en mars 1988 à Port-Vila par les trois membres fondateurs que sont les îles Salomon, la Papouasie Nouvelle-Guinée et le Vanuatu » Source : cooperation-regionale.gouv.nc

 

4 PRICE, S., 2007, Paris Primitive, Jacques Chirac’s Museum on the Quai Branly. Chicago, University of Chicago Press.

 

5 Les TDO de l’Ecole du Louvre sont des Travaux Dirigés devant les Oeuvres, l’équivalent des TD d’université, mais se déroulant à même les salles des musées, les élèves étant ainsi directement confrontés aux œuvres étudiées en cours.

 

6 Reste à savoir s’il suffit d’intégrer une œuvre dans les murs du Louvre pour en faire une égale de ses voisins…

 

7 Peuple amérindiens issus des Antilles. L’anecdote est présente dans l’ouvrage de PRICE, S., précédemment cité.

 

9 Pour mémoire, discours d’Orléans, 1991 :  « Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d’avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs […] Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d’or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! [applaudissements nourris] Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur [rires nourris], eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. Il devient fou. C’est comme ça. Et il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Et ce n’est pas être raciste que de dire cela. Nous n’avons plus les moyens d’honorer le regroupement familial, et il faut enfin ouvrir le grand débat qui s’impose dans notre pays, qui est un vrai débat moral, pour savoir s’il est naturel que les étrangers puissent bénéficier, au même titre que les Français, d’une solidarité nationale à laquelle ils ne participent pas puisqu’ils ne paient pas d’impôt ! […] Il faut que ceux qui nous gouvernent prennent conscience qu’il y a un problème de l’immigration, et que si l’on ne le traite pas et, les socialistes étant ce qu’ils sont, ils ne le traiteront que sous la pression de l’opinion publique, les choses empireront au profit de ceux qui sont les plus extrémistes6,7. […] [Au sujet des épiciers de proximité] La plupart de ces gens-là sont des gens qui travaillent, des braves gens ; on est bien content de les avoir. Si on n’avait pas l’épicier kabyle au coin de la rue, ouvert de 7 heures du matin à minuit, combien de fois on n’aurait rien à bouffer le soir ? »

Bibliographie :

  • AILLAGON, JJ., 2016. Jacques Chirac ou le dialogue des cultures. Paris, Flammarion.
  • CHESNEAUX, J., et MACLELLAN, N., 1992, La France dans le Pacifique. Paris, La Découverte.
  • MALLATRAIT, C., MESZAROS, T., 2009. La France, puissance inattendue dans le Pacifique Sud, éléments pour une approche géopolitique de l’Océanie. Paris, L’Harmattan.
  • MOHAMED-GAILLARD, S., 2010. L’archipel de la puissance ? La politique de la France dans le Pacifique Sud de 1946 à 1988. Bruxelles, P.I.E. Peter Lang.

  • NICOLAS, A., 2017, Un anthropologue nommé  Chirac. Paris, L’Archipel.
  • PRICE, S., 2007, Paris Primitive, Jacques Chirac’s Museum on the Quai Branly. Chicago, University of Chicago Press.

 

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