L’art de la guerre en Papouasie-Nouvelle-Guinée

       Aux XIXe et début du XXe siècles, la guerre est partie intégrante de la vie d’un homme en Papouasie-Nouvelle-Guinée. C’est notamment ce qui peut différencier un jeune homme d’un homme et fait même partie, la plupart du temps, des rites d’initiation.
La guerre n’est pas seulement liée à l’affrontement d’un clan ennemi mais peut devenir un prétexte à la création d’artefacts. Les boucliers sont indispensables à l’équipement d’un guerrier. Ils sont fabriqués par les hommes dans des endroits privés ou secrets tels que les maisons des hommes ou parfois, directement dans la forêt lors de l’abattage de l’arbre. De manière générale, le bouclier est fabriqué par son propriétaire mais dans quelques cas précis, un sculpteur sera alors payé grâce à de la nourriture jusqu’à accomplissement de la tache.

          Dans chaque région de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les boucliers permettent à un homme d’être rattaché à un groupe et une identité à travers les motifs qu’ils arborent. De nombreux motifs et formes existent et créent une diversité très importante à travers tout le territoire.
Un bouclier cependant est avant tout et par définition un arme défensive pour se protéger des flèches et lances ennemies. Quand les boucliers sont portés sur l’épaules – faits pour être utilisés avec des flèches et un arc – le bouclier est alors de taille assez réduite et est, la plupart du temps, réalisé dans du bois de racines de mangroves pour le rendre aussi léger que possible. Au contraire, les grands boucliers sont généralement fait de bois durs et sont portés par un guerrier non armé qui est accompagné de plusieurs archers. Poste à haut risque, le guerrier non armé est généralement celui qui détient le rôle le plus important car il est en charge de toutes les tactiques et donc d’une certaine manière responsable du succès ou de l’échec de la bataille.
Pour être un guerrier, certaines compétences sont nécessaires. Mais le bouclier en lui-même joue un rôle très important tout comme les esprits des ancêtres et la magie traditionnelle. Les esprits jouent un rôle significatif et sont présents dans la vie quotidienne et plus encore dans un événement tel que la guerre qui est extrêmement ritualisé. Ces esprits d’ancêtres sont d’une telle importance qu’on pense qu’ils vivent dans les artefacts tels que les boucliers mais aussi dans le bois utilisé pour leur fabrication.

Carte Moutain-OK© CASOAR

       Les peuples des Mountain-OK vivent près des sources de la rivière Sepik. Dans cette région, on attribue des caractéristiques semblables à des réactions humaines aux boucliers : ils tremblent en anticipation du combat. Les boucliers ainsi que leurs motifs sont vus comme la représentation voire même l’incarnation des esprits. L’efficacité magique de ces motifs est activée à travers la vision du bouclier par l’ennemi : l’ennemi sait que ces motifs sont d’une importance certaine et est frappé d’un sentiment de peur en les reconnaissant. Mais plus encore, savoir que les motifs sont emprunts de magie effraie le guerrier.
Cette efficacité a également un lien direct avec les couleurs utilisées sur les boucliers. Pour ceux qui les fabriquent, les motifs ont différents niveaux de compréhension et sont peints afin d’accentuer l’intimidations qu’ils ont sur les ennemis. Les couleurs vives sont utilisées afin d’éblouir et désorienter les ennemis. Mais ces couleurs ont parfois des significations bien précises selon les régions.

NGA IRN 71080 acc 1970.76

Mountain-Ok, West Sepik Province, Papouasie-Nouvelle-Guinée. Atkom [bouclier].
XXe siècle, avant 1970. Bois, ocre, rotin. Acquisition en 1970. National Gallery of Australia © National Gallery of Australia.

            Dans la région des Mountain-OK, le rouge est utilisé pour les ancêtres, le noir pour la masculinité et le blanc pour l’abondance.  Ces trois couleurs représentent donc les éléments essentiels de la vie dans cette région et, réunies, elles montrent ainsi la force de l’homme qui porte le bouclier.
Les boucliers de cette région peuvent être interprétés de la manière suivante : le triangle supérieur est une représentation de la tête et les spirales sont les yeux. Les formes ovales au centre représenteraient les poumons et le triangle inférieur les jambes. Tous ces éléments sont des composants du corps humain.
Ces boucliers ont donc tous les ingrédients pour être efficaces : les couleurs vives qui sont liées aux valeurs les plus importantes de la communauté et les motifs saisissants qui pourraient être l’incarnation d’esprits emprisonnés dans le bouclier afin de protéger son porteur. Les éléments à la fois protecteurs et effrayants de ce bouclier en font donc une arme redoutable.

Clémentine Débrosse

Image à la une : Guerriers armés des Hautes-Terres de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Bibliographie

  • BERAN H., CRAIG B., (ed.), 2005. Shields of Melanesia. Honolulu, University of Hawai’i Press, in association with Oceanic Art Society, Sydney.
  • GARNIER N., 2011. Motifs d’Océanie. Paris, Hazan.
  • PELTIER P., MORIN F., (ed.), 2006. Ombres de Nouvelle-Guinée : Arts de la grande île d’Océanie dans les collections Barbier-Mueller. Paris/Genève, Somogy édition d’art, Musée Barbier-Mueller.
  • TAVARELLI A., (ed.), 1995. Protection, power, and display : shields of island Southeast Asia and Melanesia. Chestnut Hill, Massachussetts, Boston College Museum of Art.

 

Un commentaire sur « L’art de la guerre en Papouasie-Nouvelle-Guinée »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.