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Réclamer la terre : le Palais de Tokyo à l’heure du climat ?

« Réclamer la terre est une prise de conscience autant qu’un cri de ralliement. »1 Dès la première phrase de son texte introductif et de sa présentation en ligne sur le site internet du Palais de Tokyo, l’exposition Réclamer la terre, visible du 15 avril au 4 septembre 2022, affichait une ambition prometteuse. Daria de Beauvais, commissaire d’exposition au Palais de Tokyo, s’est associée à deux conseiller·e·s· scientifiques de taille pour l’organiser. La première est Ariel Salleh, chercheuse et activiste écoféministe née en Australie en 1944, dont le travail et les engagements portent sur les relations entre humains et non-humains, en s’intéressant notamment à d’autres perspectives de pensées que les paradigmes euro-nord-américains dominants. Le·a second·e est Léuli Eshrāghi, artiste, commissaire d’exposition, auteur·e, poète né·e à Samoa et d’ascendances sāmoane, perse et cantonaise. Dans son travail expographique et artistique, Léuli Eshrāghi interroge les conséquences coloniales et le besoin de réparation, de soin et de guérison des cultures autochtones discréditées par les anciennes puissances coloniales. Le titre de l’exposition est quant à lui inspiré par l’ouvrage Reclaim the Earth: Women Speak Out for Life on Earth, édité par Leonie Caldecott et Stephanie Leland en 1983.2 Voir plus

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De la lutte d’Ataï à la lutte pour le retour d’Ataï – Restes humains et restitutions des musées en France

Depuis ces dernières années, l’opinion publique et les média s’emparent du débat autour des restitutions des œuvres collectées au cours de la période coloniale.  En novembre 2021, la restitution par la France de 26 œuvres à la République du Bénin, a fait couler beaucoup d’encre. Ces demandes de restitutions de la part des pays anciennement colonisés prennent part aux revendications post-coloniales et pointent du doigt les modalités illégitimes de collecte historique des œuvres. Voir plus

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John Bevan Ford : donner à voir un univers maori

Une harmonie de traits colorés, des entrelacs de lignes qui forment des paysages montagneux, esquissent des silhouettes stylisées, dessinent des pirogues voguant sur la mer, composent de grandes capes qui se déploient dans le ciel. Les œuvres peintes de l’artiste maori John Bevan Ford se reconnaissent au premier coup d’œil. Quiétude et harmonie y règnent et les nombreux symboles qui les composent attisent la curiosité. Dans cet article, CASOAR vous propose quelques clés de lecture pour les découvrir. Voir plus

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Les arts extra-européens au cœur du Forez, le musée des Civilisations de Saint-Just-Saint-Rambert

Si lors de vos vacances ou pérégrinations dans la campagne ligérienne vous passez non loin de la ville de Saint-Just-Saint-Rambert, dans le Forez (non loin de Saint-Etienne), n’hésitez pas à faire une pause au musée des Civilisations – Daniel Pouget. Ce musée municipal, ouvert au public en 1965 et aujourd’hui Musée de France, se situe dans l’ancien prieuré de cette ville, au pied de l’église romane. Créé par l’association des Amis du Vieux Saint-Rambert, il s’attache à faire découvrir les civilisations locales (celles du Forez), mais également les civilisations extra-européennes. Comment un musée situé loin des côtes et des ports, a-t-il pu rassembler plus de 10 000 objets d’art extra-européen, venus de tous les continents ? Comme pour beaucoup de musées d’art extra-européen à l’intérieur des terres, grâce à des figures locales passionnées, collecteurs, collectionneurs, voyageurs…

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Les dents du crocodile, les griffes de l’ours – rencontre(s) entre Val Plumwood et Nastassja Martin

Le livre Dans l’œil du crocodile1 débute avec un récit, celui d’une « rencontre »2, entre l’autrice, Val Plumwood (née Val Morell, 1939-2008) et un crocodile. Cette rencontre a lieu dans le Territoire du Nord australien, en 1985, sur la rivière East Alligator du parc national Kakadu. Plumwood, fine connaisseuse des environs, s’est engagée sur un nouveau trail, préparé par le ranger Greg Miles, qui lui a proposé de le tester avant qu’il ne soit ouvert au public. Des fortes pluies ont néanmoins gonflé les eaux qui bientôt gomment les marques du parcours. Se décidant à rentrer, Plumwood aperçoit soudain ce qui ressemble à un bâton :  Voir plus

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He Tautoko : créer une relation avec un objet ancien, par Lisa Reihana

Depuis les années 1980, les musées européens conservant des objets océaniens dans leurs collections ont entrepris de nombreux projets pour réviser les modalités d’exposition et de gestion de ces objets. Inviter des artistes contemporains océanienn·e·s en résidence pour proposer une nouvelle lecture des collections anciennes fait partie des modalités développées. Ces initiatives sont aussi un moyen de donner plus de visibilité à ces artistes, encore largement méconnu·e·s et peu exposé·e·s dans les institutions en Europe. Un projet majeur à ce sujet est Pasifika Styles, organisé au musée d’archéologie et d’anthropologie de Cambridge (au Royaume-Uni) entre mai 2006 et février 2008. Lisa Reihana, une artiste membre et fondatrice du collectif Pacific Sisters dont nous avions déjà parlé dans des précédents articles à propos des Pacific Sisters et de son œuvre In Pursuit of Venus [infected], y réalise pour l’occasion l’œuvre He tautoko, sur laquelle CASOAR s’attarde aujourd’hui.

Lisa Reihana, He Tautoko, 2006, Cambridge University Museum of Archeology and Anthropology.
© Lisa Reihana, photographie de Clémentine Débrosse

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Lignes, formes, couleurs et textures. Le dessin en anthropologie

Une image populaire de l’ethnographe consiste à l’imaginer doté·e d’un carnet et d’un crayon, griffonnant jour et nuit, ce qu’iel a observé, posant sur le papier ses premières réflexions, desquelles suivront ensuite des analyses, transposées dans une revue ou un ouvrage scientifique – à l’écrit –, ou bien présentées lors d’une communication – à l’oral.  Voir plus

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Louise Michel et les Kanaks (2/2) – écrire la légende et faire converger les luttes

Après l’écrasement de la Commune insurrectionnelle de Paris, 4500 Communards sont déportés en Nouvelle-Calédonie, dont 25 femmes.1 Parmi elles, Louise Michel, sur qui pèsent sept chefs d’accusation : « 1 – attentat ayant pour but de changer le gouvernement ; 2 – excitation à la guerre civile ; 3 – port d’armes apparentes et d’uniforme militaire ; usage de ses armes ; 4 – faux en écriture ; 5 – usage de faux ; 6 – complicité, par provocation et machination, d’assassinat de personnes retenues, soi-disant, comme otages par la Commune ; 7 – complicité d’arrestations illégales, suivies de tortures et de mort »2 (le Conseil de guerre ne retiendra cependant que la charge numéro 3). En août 1873, après vingt mois passés à la prison de l’Abbaye d’Auberive (Haute-Marne), elle est embarquée à destination de la Nouvelle-Calédonie. Au cours des quatre mois que dure le voyage, Louise Michel, jusqu’alors socialiste blanquiste3, est convertie aux thèses anarchistes4 par Nathalie Lemel (1827-1921)5, autre grande figure de la Commune de Paris. Le 14 décembre 1873, elles sont débarquées à la presqu’île Ducos, dédiée à la déportation en enceinte fortifiée, où elles partageront la même cabane. Voir plus

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La dégradation des sculptures du parlement : retour sur un épisode iconoclaste en Papouasie-Nouvelle-Guinée

En décembre 2013, le président du parlement néo-guinéen, Theodore Zibang Zurenuoc, cause une vive émotion dans le pays. Armé d’une hache, il s’attaque au linteau ornant le fronton du parlement, endommageant de façon irréversible les sculptures qui le composent. Si de nombreuses voix s’élèvent alors en Papouasie-Nouvelle-Guinée pour commenter cet épisode, toutes ne s’opposent pas aux actions du président, mettant ainsi en lumière les débats qui agitent le pays et son rapport au christianisme. Voir plus